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Dix étapes pour améliorer la résilience des collectivités

10 mars 2022

Repérer les vulnérabilités et déterminer les mesures qui contribueront à un avenir durable

Par John Malueg

La résilience consiste à rendre nos collectivités plus fortes aujourd’hui et pour les années à venir. Elle représente la capacité des individus, des institutions et des systèmes à résister, à s’adapter et à se développer, quels que soient les types de stress chroniques et de chocs aigus qu’ils subissent. Alors que le monde est confronté aux changements climatiques et à des événements météorologiques extrêmes, il importe plus que jamais d’intégrer la résilience dans toutes les facettes de la conception.

Mais il ne s’agit pas que d’une simple stratégie. La résilience a une incidence sur tous les aspects d’un projet. Elle nous porte à réfléchir à tous les facteurs de stress qui peuvent nuire à une collectivité. Le fait de garder cela en tête quand vient le moment d’aborder un projet, qu’il s’agisse d’un projet de bâtiment, d’infrastructure ou de développement urbain, peut le faire voir sous un angle complètement différent. Une telle réflexion sur la résilience peut entraîner l’ajout d’actifs communautaires offrant plusieurs bienfaits, comme des espaces verts, des zones humides naturelles ou artificielles, et des corridors urbains revitalisés ou repensés.

Voici donc dix étapes à suivre pour maximiser la contribution en matière de résilience d’un projet.

Conception de nouvelles installations visant à protéger les berges du parc Battery à Lower Manhattan de la hausse du niveau de la mer.

1. Établir les limites

Il est primordial de bien comprendre les objectifs du projet. Il faut d’abord définir les biens matériels, les systèmes, les services et les programmes qui sont nécessaires au soutien du projet, puis définir la zone d’influence ou la limite pour chacun de ces éléments. Il est important de comprendre ces limites pour se tourner vers des solutions et des partenaires qui permettront d’atténuer les risques avant, pendant et après une catastrophe.  

Par exemple, lorsque l’on détermine les solutions possibles pour atténuer les risques d’inondation, la limite pourrait être un bassin-versant. Si l’on considère la vulnérabilité et les risques d’une sous-station d’un réseau électrique, il pourrait s’agir d’une zone de fourniture de l’électricité.

2. Sélectionner les critères d’évaluation de la résilience

Les critères d’évaluation devraient comprendre les risques, la fréquence et les répercussions sur le projet :

  • Les risques représentent les dangers naturels qui pourraient empêcher le bâtiment, l’ouvrage ou autre de remplir les fonctions pour lesquelles il a été conçu.
  • La fréquence d’un événement est un important facteur à considérer lors de l’évaluation des risques réalisée durant la phase de conception d’un projet. Il est essentiel de tenir compte des variations possibles de la fréquence dues aux changements climatiques et à d’autres facteurs.
  • Il faut ensuite déterminer comment mesurer les répercussions d’un événement. Veut-on faire une analyse des dommages matériels ou plutôt des dommages en fonction des coûts de réparation? Ou veut-on analyser les répercussions dans leur ensemble? Cela pourrait notamment inclure les répercussions économiques et environnementales, de même que les effets sur la qualité de vie d’une population et sur le profil économique des individus.

En résumé, bien définir les critères d’évaluation est essentiel pour comparer les avantages et la valeur d’une solution par rapport à une autre. Et comprendre les dangers naturels qui peuvent avoir des répercussions sur le site du projet est un élément clé de cette évaluation. Concevoir en fonction des conditions actuelles n’est pas suffisant, il est important de bâtir pour l’avenir. L’élévation du niveau de la mer, la chaleur accablante et l’augmentation de la fréquence annuelle des événements météorologiques extrêmes continueront d’accroître les pressions exercées sur les bâtiments, sur les infrastructures et sur le réseau énergétique.

De nombreuses subventions fédérales exigent qu’un projet dégage un rendement positif sur l’investissement du gouvernement. Ce fut d’ailleurs le cas pour le projet de protection des berges de Tottenville, dans l’État de New York. L’évaluation des conditions et des avantages à long terme et d’un point de vue plus global a joué un rôle décisif dans l’obtention – ou non – d’une subvention de près de 24 millions de dollars. Il s’agissait notamment d’analyser les répercussions environnementales liées à la protection des écosystèmes côtiers fragiles.

3. Établir les priorités essentielles à la réalisation du projet

Il s’agit probablement de l’étape la plus importante. Il faut d’abord déterminer les vulnérabilités, puis la probabilité qu’un événement donné se produise et les critères permettant d’en mesurer les répercussions potentielles. Il est ensuite possible de calculer les risques et de déterminer les priorités essentielles à la réalisation du projet. Le risque correspond à la probabilité que quelque chose se produise, multipliée par les répercussions. En disposant de ces données, il est possible de réexaminer les projets standards sous l’angle du développement durable et de la résilience de manière à évaluer les occasions ainsi que les avantages pour tout le cycle de vie du bâtiment ou de l’ouvrage prévu.

Le projet de système de détournement des sédiments à la moitié du détroit Breton est un bon exemple de vision à long terme. Certaines zones de la Louisiane sont confrontées à l’érosion de terres côtières depuis une centaine d’années. Cependant, l’utilisation de stratégies de résilience particulières permet de rétablir des débits plus naturels du fleuve Mississippi. Lorsque les milieux humides côtiers restaurés recommenceront à prospérer, ils constitueront un tampon naturel contre les phénomènes météorologiques plus fréquents et plus violents. Ce projet permettra à l’État de réduire les risques d’inondation côtière et de bénéficier d’importants avantages en matière de séquestration du carbone en cas de tempête majeure et pour les décennies à venir.

La compréhension des dangers futurs est un élément essentiel de la gestion des risques d’inondation dans le cadre du projet de protection des berges de Tottenville.

4. Tirer parti des ressources

La participation des parties prenantes est importante à chaque étape du processus puisque chaque intervenant est un partenaire potentiel. Les partenariats peuvent être créés avec une variété d’intervenants. Il peut s’agir de collègues au sein d’équipes internes qui pourraient apporter leur soutien dans les travaux d’exploitation, de maintenance et de surveillance du bâtiment ou de l’ouvrage. Les partenaires externes, quant à eux, peuvent fournir l’appui politique nécessaire à l’obtention du budget requis ou de subventions. Les anciens collaborateurs ou ceux qui portent un intérêt particulier aux résultats du projet peuvent être considérés d’emblée.

5. Déterminer et hiérarchiser les mesures d’atténuation des risques

Établir un lien entre les valeurs et les résultats renforce la justification commerciale des initiatives de résilience et démontre l’importance de ces efforts. Des économies d’énergie ainsi que des dommages et des décès évités sont des avantages généralement associés à la résilience.

Le projet de protection des berges de Tottenville, sur la rive sud de Staten Island dans l’État de New York, démontre bien les avantages à long terme de la résilience pour une collectivité. En plus d’atténuer les risques de décès et de dommages causés par les inondations, le projet a permis de créer des « couches » de résilience grâce à l’intégration de solutions basées sur la nature. La première couche, constituée de brise-lames vivants, a réduit les effets néfastes du mouvement des vagues et créé un nouvel habitat aquatique améliorant la qualité de l’eau et de l’environnement. La deuxième couche, constituée de milieux humides côtiers et de dunes naturelles et renforcées, a contribué à réduire davantage les risques pour la côte tout en devenant un lieu attrayant pour les résidents et les touristes. Finalement, la dernière couche est constituée des normes de construction plus élevées qui ont été évaluées, puis adoptées, pour permettre à la collectivité de minimiser les pertes et de se relever plus rapidement dans l’éventualité d’autres tempêtes.

Développer des programmes et adopter des normes et des codes nouveaux ou révisés sont généralement parmi les mesures les plus efficaces et les plus rentables à prendre. L’institut américain National Institute of Building Sciences a d’ailleurs démontré que chaque dollar dépensé pour des mesures d’atténuation permet d’économiser six dollars en dommages évités.

6. Intégrer les mesures d’atténuation à la stratégie d’adaptation aux changements climatiques

Les mesures d’atténuation ne s’arrêtent pas à accroître la résilience. Elles doivent aussi tenir compte du développement durable. Comme vu précédemment dans le projet de Tottenville et comme réalisé dans la conception du projet de corridors bleus et verts de La Nouvelle-Orléans, les bienfaits d’un projet ne sont pas – et ne devraient pas être – jugés uniquement en fonction de la réponse aux menaces actuelles. Les bienfaits doivent garantir l’avenir du projet. Cela pourrait être de contribuer à réduire l’empreinte carbone, à atténuer les risques futurs, à créer des emplois, à promouvoir un mode de vie plus sain, à protéger les ressources naturelles et l’environnement, et à favoriser les liens au sein d’une collectivité.

Alors que le monde est confronté aux changements climatiques et à des événements météorologiques extrêmes, il importe plus que jamais d’intégrer la résilience dans toutes les facettes de la conception.

7. Documenter la stratégie d’adaptation aux changements climatiques

Cette étape consiste à documenter toutes les grandes réflexions, les analyses et les travaux réalisés dans un format qui offre une vision claire des possibilités. L’objectif est de créer un cadre qui guidera la prise de décision menant à un avenir plus résilient et durable.

8. Mettre en œuvre un processus de suivi de la performance

L’adaptabilité est une notion fondamentale de l’industrie. Pour favoriser l’adaptation aux changements climatiques, il faut d’abord s’engager à faire le suivi des ouvrages, à évaluer et à recueillir les données qui influenceront et guideront la prise de décisions. Un suivi adéquat et une équipe composée de spécialistes passionnés en matière de développement durable et de résilience permettront de garder une longueur d’avance.

On peut par exemple installer des jauges de débit d’eau pour mesurer la réduction de la fréquence des inondations ou de la hauteur des eaux d’inondation. D’un point de vue économique, il est possible de faire le suivi de l’augmentation de la valeur des propriétés alors que les divers risques et dangers sont atténués. Enfin, une réduction de la criminalité ou de l’absentéisme des écoliers notamment, permet de constater les retombées sociales.

9. Évaluer la performance et prendre des mesures d’adaptation

L’adaptation aux changements climatiques est un processus continu. Dans un premier temps, la performance peut être mesurée en fonction des critères de suivi établis (comme ceux mentionnés à l’étape 8). Si ces critères ne sont pas satisfaits, il peut être utile d’évaluer ce qui pourrait être accompli à court terme afin d’influencer les résultats. En outre, il est essentiel de procéder à des évaluations régulières pour obtenir des résultats positifs et repérer de nouvelles occasions d’amélioration.

Le projet de corridors bleus et verts de La Nouvelle-Orléans vise à diminuer les risques d’inondation pour les générations à venir.

10. Célébrer

Souligner l’achèvement réussi d’un grand projet suscite l’enthousiasme de toutes les personnes y ayant participé et de toute la collectivité. Il est important de mettre l’accent sur les réalisations, même au début du projet. Il s’agit également d’un excellent moyen d’inciter d’autres membres de la collectivité à s’impliquer et de leur permettre de constater les avantages de la résilience climatique.

Qu’il s’agisse de réfléchir à l’avenir d’une ville, d’un hôpital ou d’un aéroport, un cadre de résilience bien défini favorise l’intervention, les efforts de rétablissement et l’adaptation. Les changements climatiques survenant à l’échelle planétaire se succèdent à un rythme effréné et créent des défis sans précédent. Ce processus en dix étapes permet de visualiser comment nous pouvons collectivement nous adapter à un monde en constante évolution et ainsi bâtir un avenir résilient.

Traduction du blogue publié originalement sur le site Ideas de Stantec.

À propos de l’auteur :

John cumule plus de 30 ans d’expérience et est reconnu pour sa grande expertise en matière d’ingénierie des ressources hydriques.

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